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Pas touche à la mondialisation galopante !

pays mondialisation

A ce jour 154 pays sur 195 ont déposé des engagements de réduction d’émission de gaz à effets de serre. Le total de ces réductions laisse prévoir une hausse des températures d’au moins 3°C. Il est donc largement insuffisant.

Le texte (20 pages) présenté à Bonn, du 19 au 23 octobre, a immédiatement fait hurler le groupe dit des 77 (134 pays) + la Chine car toutes leurs demandes avaient disparu, dont la reconnaissance de la responsabilité différenciée dans le réchauffement et une aide internationale publique. Les 77 se sont donc efforcés de faire réintégrer un certain nombre de leurs exigences.

 

Dans le nouveau texte (55 pages), la structure thématique (atténuation, adaptation, finances…) est conservée et plusieurs options, parfois totalement contradictoires, sont proposées avec plus de 1 500 phrases non consensuelles entre crochets. Les pays du sud ont été exclus de certaines réunions réservées aux pays riches sans parler des ONG refusées. Laurence Tubiana, envoyée spéciale de la France pour préparer la COP21, a reconnu que: « Les négociateurs n’ont fait aucun compromis. Ils attendent le moment final. ». Les négociations préparatoires à la COP21 vont se poursuivre lors d’une « pré-COP » à Paris du 8 au 10 novembre où 75 pays ont été invités.

Les objectifs de réduction d’émission des pays ne font pas partie de la négociation! Ceux d’arrêter avec la déforestation non plus. Or aucune négociation n’est prévue pour obliger les pays à améliorer leur proposition. L’objectif de la COP21 de maintenir l’augmentation des températures en-dessous de 2°C est donc déjà un échec.

Aucun objectif à court ou moyen terme n’est présent dans le texte. Les scientifiques du climat ont insisté sur la nécessité de réduire les émissions mondiales de 40 à 70% d’ici 2050 avec un pic d’émission en 2020. Il faut donc réduire les émissions de GES à 44 Gt d’équivalent CO2 par an d’ici 2020, 40 GT d’ici 2025 et 35 Gt d’ici 2030. Aucun de ces objectifs à court et moyen terme n’est mentionné. Seuls des objectifs à long terme sont fixés mais avec un débat pour savoir si les états doivent les atteindre ou devraient les atteindre. La nuance entre obligation ou recommandation est fondamentale!

Le mécanisme de révision est plus que flou

Il n’est pour l’instant qu’une option, sans précision pratique, et le bilan de la mise en œuvre des engagements des États n’est pas prévu avant 2023 ou 2024. D’ici là de nouveaux records de réchauffement auront sûrement été battus et les gouvernements feront de nouveaux des discours larmoyants.

L’origine des émissions de CO2 est tout simplement passée sous la table.

Imaginez participer à un colloque sur la cirrhose où la cause, l’alcoolisme, ne serait pas évoqué. Hé bien ce texte ne mentionne pas les énergies fossiles responsables d’au moins 80% des émissions de CO2 et ce alors que chaque année ce secteur reçoit plus de 700 milliards de dollars de subventions publiques sans compter les aides indirectes. Pas question de se fâcher avec les lobbies des énergies fossiles dont plusieurs d’ailleurs sont les financeurs de la COP21 ce qui leur permet d’utiliser le logo et de se verdir ainsi à bon compte.

Rien pour le développement des énergies renouvelables

Cela pourrait fâcher les pétroliers et les tenants du nucléaire

L’aviation et le transport maritime épargnés

Alors qu’ils comptent pour 5% et 3% des émissions mondiales de CO2, une fois de plus ils ne seront pas concernés par les objectifs de réduction d’émissions. Pas touche à la mondialisation galopante.

Pas de financements sérieux

Toujours pas d’engagement concret pour respecter l’engagement pris à Copenhague en 2009 de débloquer 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour soutenir les pays et les populations les plus vulnérables. Lors du sommet de Cancun, il s’agissait de fournir 100 Md. Aujourd’hui à Paris il ne s’agit plus que de mobiliser 100 Md. Ils peuvent donc provenir de fonds déjà existants dont on modifie l’affectation ou être fournis par le secteur privé. En gros c’est une aide payante qui permet aux multinationales de faire du fric sous prétexte d’aide à l’adaptation des pays les plus affectés. Le groupe des 77 exige des financements publics.

Rien sur la justice climatique

Ce sont pourtant les pays et les populations les plus pauvres qui sont les plus touchées. L’abandon des énergies fossiles va aussi entraîner la nécessité de reconvertir des milliers de travailleurs qui travaillent dans ces secteurs. Mais tout ce qui relève de cette question n’est qu’une mention fugace dans le préambule du texte et les demandes des pays du sud sont pour le moment entre crochets.

L’incitation aux fausses solutions

En passant de l’objectif « zéro émission » à celui de « zéro émission nette », c’est à dire zéro émissions calculé non à la source mais après compensations, le texte promeut ainsi tous les mécanismes de compensation carbone (reforestation, développement propre) et en crée un nouveau: marché de changement d’usage du sol au lieu de s’attaquer sérieusement à la réduction des émissions.

Les égoïsmes nationaux des pays producteurs d’énergie fossile et des pays riches, la volonté des multinationales de continuer à maintenir leurs profits sans entrave, sont à l’œuvre pour empêcher toute remise en cause du système. Cet accord va être plus faible que les précédents alors que le réchauffement climatique s’est aggravé. L’accepter comme base de négociation revient à dire qu’il constitue une bonne base. Ce n’est pas le cas.

On peut perdre une bataille sociale ou démocratique et gagner la bataille suivante.

Avec le climat, toute bataille perdue nous rapproche chaque jour plus dangereusement du moment où la vie humaine sur la planète deviendra intenable et où les atteintes à la nature seront irréversibles pour le maintien d’une planète avec sa vie végétale et animale telle que nous la connaissons.

Il est donc de notre responsabilité de démonter ce mensonge, de mobiliser massivement autour de « c’est le système qu’il faut changer, pas le climat », « si le climat était une banque, il serait déjà sauvé » et d’être partie prenante de la construction indispensable d’un mouvement pour la justice climatique qui doit continuer la lutte après la COP21 et démontrer qu’une autre alternative que la course à l’abîme est possible.

Selon l'O.N.G. canadienne Global Footprint Network, en 2013, l'humanité est entrée en période de dette écologique à la date du 20 août: cela signifie qu'à cette date, l'humanité avait dépensé le budget écologique annuel de la planète et que, pendant le reste de l'année, elle a puisé dans les réserves de ressources naturelles et augmenté le stock de CO2 dans l'atmosphère.

Cette date, dite du dépassement, est donc un indicateur de l’impact des activités humaines sur les écosystèmes qui mesure l’écart entre ce que la nature peut régénérer et ce qui est requis pour alimenter l’activité humaine: on compare les quantités de ressources naturelles disponibles et la consommation réelle dans chaque pays. Or, toujours selon Global Footprint Network, le « jour du dépassement» est chaque année de plus en plus précoce et l’O.N.G. ne cache pas ses craintes pour le futur: « L’humanité vit au-dessus de ses moyens et la consommation des hommes dépasse désormais ce que la nature est en capacité de lui fournir en termes de recyclage de CO2 libéré et de production de nouvelles matières premières. Nous ne pouvons plus continuer à creuser cette dette écologique, sinon le dépassement des limites écologiques finira par liquider la planète».

Ainsi, plus que jamais, nous sommes confrontés aux limites que nous impose le territoire fini qu’est la Terre et, consécutivement, à l’absurdité d’une croissance infinie: de ce fait, l’intérêt général humain est de préserver l’écosystème qui rend la vie humaine possible et ce, en opposition avec la vision à court terme du monde financier.

Le développement du capitalisme, en effet, n’est possible qu’au prix d’une surexploitation prédatrice des milieux naturels et d’une transformation de l’humanité toujours plus soumise aux exigences consuméristes et à la pulsion immédiate. Le consumérisme élève l’accumulation matérielle au rang de loi à grands coups de publicité pour générer des besoins jamais rassasiés. Le productivisme, qui consiste à produire tout et n’importe quoi du moment que cela se vend, assèche les ressources naturelles et perturbe le climat. C’est pour ces raisons que la relance d’une croissance économique aveugle n’est ni souhaitable ni tenable.

Au contraire, il est urgent d’affronter la crise écologique qui menace l’humanité en replaçant le système productif et l’économie au service du progrès humain et des besoins réels.

Au Mouvement de Gauche, nous prônons l'écosocialisme !  C’est ce socialisme débarrassé de toute logique productiviste associé à une écologie farouchement anticapitaliste qui va nous permettre d'atteindre cet objectif. Concrètement, la logique écosocialiste consiste à privilégier la production de biens, utiles et durables, répondant aux besoins réels des personnes et compatibles avec la préservation de notre écosystème. Il convient de prendre toute mesure adéquate pour dépasser et rompre avec les logiques productivistes et consuméristes.

Il faut repenser tout à la fois l’utilité sociale de la production, nos manières de consommer, nos besoins réels, la finalité de nos produits et la manière de les produire. Dans cette quête, la « règle verte » -ne jamais consommer plus que ce que l'écosystème peut reconstituer- est notre boussole et va nous aider à supprimer la dette écologique. Par la prise en compte systématique de l’empreinte écologique générée, cette règle va nous guider vers la nécessaire réduction de certaines consommations matérielles et nous assister dans le choix des activités à relancer.

Notre but, en effet, est de neutraliser notre empreinte écologique, ce qui implique une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et l’arrêt du nucléaire, qui entraîne des risques inacceptables tant pour les êtres humains que pour l’écosystème.

En conclusion, le projet écosocialiste dénonce la programmation d’un individu-consommateur docile, soumis aux impératifs du productivisme qui lui fait désirer des produits nuisibles et inutiles, fabriqués à l’autre bout de la planète dans des conditions de travail indignes et sous des législations environnementales défaillantes voire inexistantes. Il combat la publicité, la marchandisation du corps, le sexisme, la mode et les médias qui  nous conditionnent et nous soumettent à une injonction d’achat et de gaspillage permanents. Il dénonce les accords promus par l’O.M.C. qui contribuent à l’épuisement des ressources naturelles, à l’exploitation des peuples du Sud et au dumping social dans les pays dits développés.