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La Turquie à la croisée des chemins et l’Union Européenne au pied du mur.

logoMG 155pxAvec l’arrestation des 9 députés, élus du peuple, tous issus du même parti politique d’opposition, le HDP à prédominance kurdes, la Turquie avance tout droit vers la dictature.
Depuis le coup d’Etat manqué, nous avons chaque jour des nouvelles de Turquie avec des chiffres sans cesse revus à la hausse de personnes écartées de leur fonction, inculpées ou jetées en prison.
Après les purges dans l’armée et dans la justice, le Président Ergodan s’est attaqué à l’enseignement et à la presse.
A présent, avec la destitution et l’arrestation d’élus d’opposition, nous franchissons une nouvelle étape dans cette prise de pouvoir autoritaire. Une issue pacifique et démocratique est de plus en plus improbable avec des médias et une justice aux ordres du pouvoir, puisque tous les opposants qui avaient encore la moindre influence sur le fonctionnement de l’Etat sont destitués ou en prison.


Les députés HDP encore en liberté l’ont bien compris. Ils vont cesser toute action parlementaire pour aller, selon la déclaration faite, "de maison en maison, de village en village et de district en district", bref, pour aller à la rencontre de la population. Et après ? La seule issue semble être une répression toujours accrue et peut-être une guerre civile désastreuse.
Pendant ce temps, Erdogan fait tout pour que l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne ne soit plus possible. C’est sa propre logique de dictateur : il préfère conserver le pouvoir totalitaire qu’il s’est construit. La question du rétablissement de la peine de mort en Turquie est un brûlot supplémentaire qu’il envoie pour forcer l’union européenne à rompre le dialogue et rester seul maître à bord dans cette Turquie qu’il veut soumettre. Et dans tout cela, l’Union Européenne reste dans un mutisme tellement habituel dès qu’il ne s’agit pas de questions commerciales. La diplomatie belge reste muette, entravée par les spéculations politiciennes autour de l’électorat turc ayant la double nationalité.
Nous nous indignons de cette situation et dénonçons l’inaction des dirigeants européens. Alors qu’il y a tant d’empressement et d’énergie en d’autres circonstances, comme par exemple pour conclure des accords de libre-échange, souvent contraires à l’intérêt des citoyens dans une logique de marché inhumaine, ou par exemple pour mettre au point des politiques de refoulement des réfugiés. Or, plus personne ne bouge lorsqu’il s’agit d’atteintes à la démocratie et à la liberté sous prétexte que cela se passe ailleurs...
Nous clamons la lâcheté intellectuelle de nos dirigeants qui n’osent ni ouvertement dénoncer cette dérive totalitaire ni prendre des mesures contraignantes pour préserver la démocratie en Turquie et soutenir les opposants opprimés.
Nous rappelons que le HDP, dont les députés sont en prison pour complicité avec le PKK, est un parti politique qui prône la négociation et la représentation politique et rejette le recours aux armes. La vraie raison de la répression semble devoir être recherchée dans le contenu du programme politique du HDP : droits de la femme, droits des LGBT, rejet des préceptes de l’islam rigoriste, et droits des minorités, contraire à l’idée d’une ‘grande Turquie’ alias un Empire Ottoman.
Le PKK est toujours répertorié, peut-être à raison, comme organisation terroriste pour ses actions violentes pour obtenir des droits au peuple kurde alors que d’un autre côté la persécution du peuple kurde demeure impunie et qu’aucune issue de pacification n’est proposée sur base du principe fondamental du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Nous appelons à une rupture des relations diplomatiques avec le pouvoir totalitaire turc et à l’aide aux citoyens démocrates jusqu’au rétablissement de la démocratie en Turquie avec garantie de respect des minorités.